Autofiction oulipienne: l'écriture au miroir

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Abstract

L’autofiction, genre hybride qui mêle autobiographie et fiction, semble devoir s’incarner de manière originale, innovante, dans la production oulipienne. Revisitée, l’autofiction oulipienne permet de redéfinir le rapport entre œuvre et écrivain. C’est le choix stylistique qui consent aux oulipiens de renouveler l’autobiographie par l’intervention d’une écriture en apparence exclusivement fictionnelle mais qui, au contraire, recèle et dissimule des indices autobiographiques à déchiffrer pour une complète compréhension du texte : ce sont les autobiographies « impures » de Perec et celles poétiques de Roubaud. Toutefois, l’autofiction innovante n’est pas celle qui évoque le passé mais celle qui concerne le présent de l’énonciation. Si l’autofiction canonique emprunte à l’autobiographie le caractère rétrospectif qui rend impossible la parfaite coïncidence entre le personnage et l’écrivain, l’autofiction oulipienne semble réaliser un embrayage total : l’écrivain se disant en train de s’écrire fait de ce repli le devenir textuel lui-même. Ce sont les références métatextuelles qui effacent l’écart temporel et réalisent un texte où écrire dans la référence à l’écriture en train de se faire accomplit une autofiction spéculaire. Le propos n’est plus la mise en scène de l’écrivain mais une représentation de l’acte même d’écrire : une réflexion sur le mouvement de l’écriture. Jette ce livre avant qu’il soit trop tard, Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres et Jacob, Menahem et Mimoun, une épopée familiale de Marcel Bénabou et la trilogie d’Hortense de Jacques Roubaud sont les œuvres qui définissent le mieux l’autofiction oulipienne pour leur constant questionnement de la création.
Lingua originaleFrench
pagine (da-a)79-87
Numero di pagine9
RivistaDALHOUSIE FRENCH STUDIES
Volume91
Stato di pubblicazionePublished - 2010

Cita questo

Autofiction oulipienne: l'écriture au miroir. / Tononi, Daniela.

In: DALHOUSIE FRENCH STUDIES, Vol. 91, 2010, pag. 79-87.

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N2 - L’autofiction, genre hybride qui mêle autobiographie et fiction, semble devoir s’incarner de manière originale, innovante, dans la production oulipienne. Revisitée, l’autofiction oulipienne permet de redéfinir le rapport entre œuvre et écrivain. C’est le choix stylistique qui consent aux oulipiens de renouveler l’autobiographie par l’intervention d’une écriture en apparence exclusivement fictionnelle mais qui, au contraire, recèle et dissimule des indices autobiographiques à déchiffrer pour une complète compréhension du texte : ce sont les autobiographies « impures » de Perec et celles poétiques de Roubaud. Toutefois, l’autofiction innovante n’est pas celle qui évoque le passé mais celle qui concerne le présent de l’énonciation. Si l’autofiction canonique emprunte à l’autobiographie le caractère rétrospectif qui rend impossible la parfaite coïncidence entre le personnage et l’écrivain, l’autofiction oulipienne semble réaliser un embrayage total : l’écrivain se disant en train de s’écrire fait de ce repli le devenir textuel lui-même. Ce sont les références métatextuelles qui effacent l’écart temporel et réalisent un texte où écrire dans la référence à l’écriture en train de se faire accomplit une autofiction spéculaire. Le propos n’est plus la mise en scène de l’écrivain mais une représentation de l’acte même d’écrire : une réflexion sur le mouvement de l’écriture. Jette ce livre avant qu’il soit trop tard, Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres et Jacob, Menahem et Mimoun, une épopée familiale de Marcel Bénabou et la trilogie d’Hortense de Jacques Roubaud sont les œuvres qui définissent le mieux l’autofiction oulipienne pour leur constant questionnement de la création.

AB - L’autofiction, genre hybride qui mêle autobiographie et fiction, semble devoir s’incarner de manière originale, innovante, dans la production oulipienne. Revisitée, l’autofiction oulipienne permet de redéfinir le rapport entre œuvre et écrivain. C’est le choix stylistique qui consent aux oulipiens de renouveler l’autobiographie par l’intervention d’une écriture en apparence exclusivement fictionnelle mais qui, au contraire, recèle et dissimule des indices autobiographiques à déchiffrer pour une complète compréhension du texte : ce sont les autobiographies « impures » de Perec et celles poétiques de Roubaud. Toutefois, l’autofiction innovante n’est pas celle qui évoque le passé mais celle qui concerne le présent de l’énonciation. Si l’autofiction canonique emprunte à l’autobiographie le caractère rétrospectif qui rend impossible la parfaite coïncidence entre le personnage et l’écrivain, l’autofiction oulipienne semble réaliser un embrayage total : l’écrivain se disant en train de s’écrire fait de ce repli le devenir textuel lui-même. Ce sont les références métatextuelles qui effacent l’écart temporel et réalisent un texte où écrire dans la référence à l’écriture en train de se faire accomplit une autofiction spéculaire. Le propos n’est plus la mise en scène de l’écrivain mais une représentation de l’acte même d’écrire : une réflexion sur le mouvement de l’écriture. Jette ce livre avant qu’il soit trop tard, Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres et Jacob, Menahem et Mimoun, une épopée familiale de Marcel Bénabou et la trilogie d’Hortense de Jacques Roubaud sont les œuvres qui définissent le mieux l’autofiction oulipienne pour leur constant questionnement de la création.

KW - Autofiction

KW - Bénabou

KW - Doubrovsky

KW - Oulipo

KW - Roubaud

KW - hybridation générique

UR - http://hdl.handle.net/10447/53021

M3 - Article

VL - 91

SP - 79

EP - 87

JO - DALHOUSIE FRENCH STUDIES

JF - DALHOUSIE FRENCH STUDIES

SN - 0711-8813

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